Introduction au débat sur le cahier revendicatif du syndicat 76 lors du comité général de mi mandat (par Fabien Leseigneur)

Salaires, emplois, conditions de travail, trop souvent on enferme l’activité syndicale dans ce triptyque. S’ils sont fondamentaux ce serait une erreur que de limiter notre démarche à ces thèmes.

 

Au fil des années, la CGT a su élargir ses réflexions à l’ensemble de ce qui concerne la vie des salariés et aux enjeux de notre société ; droits des femmes, écologie, lutte contre les discriminations LGBT+ entre autres sont devenues des axes revendicatifs étendus de nos syndicats.

Nos actions ne visent plus seulement à un meilleur partage des richesses mais interrogent sur la nature des richesses produites et la façon dont elles le sont.

 

Nous ne sommes indifférents ni aux conditions dans lesquelles sont extraites les matières premières qui alimenterons notre industrie, ni aux conditions d’acheminements des marchandises, ni à la finalité de ce que nous produisons, je pense notamment aux armes ou aux pesticides.

Le sens de notre travail est un élément prépondérant dans la qualité de notre vie professionnelle, la perception de son utilité sociale détermine la valeur que nous lui accordons.

 

La disparition de l’opérateur historique des Postes, Télégraphes & Télécommunications PTT a bouleversé le sens du travail dans son champ d’activité. D’une fonction publique au service des populations nous sommes passées au service d’actionnaires privés et publics.

 

Il en a résulté une crise identitaire pour les salariés, plus ou moins ressentie selon les services. Cette évolution subie par les personnels a été source de profonds malaises pour une partie de celui-ci produisant mal-être, dépressions, suicides.

 

Une à une, les missions de service publique, marqueurs de nos professions, ont été remplacées par des prestations payantes sources de profits.  Les activités jugées « peu rentables » ont été supprimées ou externalisées. En parallèle à la disparition de certaines tâches, se sont développés la spécialisation des personnels et leurs déqualification.

 

Le dernier avatar à La Poste maison mère aboutissant au facteur distributeur, ou celui-ci ne maîtrise plus le tri de sa tournée et à fortiori celui de son bureau.

 

L’obtention du niveau de fonction II.2 minimum pour les agents du réseau a certes été un plus pour le personnel mais la fermeture massive des bureaux, la multiplication des Agences Postales Communales et des Relais commerçants, hypothèque gravement l’avenir. Les bureaux de poste laisseront la place à des coquilles vides offrant des prestations au rabais. Cela nous pose aussi la question de la syndicalisation et de la prise en compte des revendications de salariés extérieurs à La Poste.

 

Les exemples peuvent être multipliés dans ce qu’il est coutume d’appeler notre champ fédéral.

 

Le distributeur d’imprimés publicitaires chez Médiapost, le livreur de paquets chez Coliposte, le technicien Sogetrel installant la fibre dans nos quartiers, le téléopérateur chez Teleperformance et dans les nombreux centres d’appels, sont autant de salariés occupants des emplois déconsidérés, mal payés avec souvent de mauvaises conditions de travail.

 

Du fait de nos faibles taux de syndicalisation, de l’absence de base organisée, nous ne sommes évidemment pas en capacité de répondre aux problèmes soulevés par l’ensemble de ces travailleurs, que nous hésitons parfois à qualifier de collègues. La diversité des tâches, des conventions collectives, des vécus, peut nous les faire apparaître comme éloignés de nous.

 

Malgré cela, ce sont des salariés du secteur, au sens large, de la communication, et nous devons également aller à leur rencontre pour les intégrer à nos projets revendicatifs. Nous devons réfléchir à articuler des revendications emblématiques s’inscrivant dans la perspective de ce que pourrait être, comme le formule notre fédération, « un service public de la communication du XXIe siècle », répondant aux besoins des populations.

 

Donner une autre finalité à l’entreprise que les seuls dividendes versés aux actionnaires, requalifier le rôle social des salariés, c’est créer les conditions pour gagner sur les salaires, l’emploi et les conditions de travail. Il ne s’agit pas de demander un retour aux PTT, personne ne le comprendrait, mais d’imaginer un avenir commun aux métiers de notre secteur.

 

Cela implique aussi, sans préjugé, de travailler avec d’autre fédérations CGT dont les activités nous sont complémentaires, quand elles ne se chevauchent pas. Je pense notamment aux cheminots avec lesquels nous portons le projet commun d’un retour au rail pour l’acheminement des courriers et colis. Ou à la FILPAC qui fabrique pour partie la matière première au métier de facteur. Et que dire des distributeurs de la presse syndiqués soit à la FAPT soit à la FILPAC ?

 

L’existence de collectifs « services publiques » dans nos structures interprofessionnelles et celles de comités d’usagers sont également des relais importants pour être à l’écoute des besoins. Les différents collectifs de notre syndicat devraient pouvoir formuler des propositions de revendications qualifiantes pour le personnel et directement liées aux besoins des populations.

 

Comment revendiquer un grade de niveau II.1 pour les facteurs si leur seule tâche consiste à distribuer de la publicité ?

Comment maintenir un bureau de poste si les offres n’excèdent pas celle d’un relais commerçant ?

Comment sortir de la pression commerciale si le rôle des conseillers n’est que de proposer des produits bancaires ?

Comment combattre la sous-traitance et l’externalisation dans le secteur des communications si ne compte que le taux de profit.

 

Nous ne partons pas de rien ; Il y a peu de temps dans notre journal fédéral nos militant(e)s des services financiers proposaient le plafonnement des frais de découvert, la gratuité des prestations, la gratuité des moyens de paiement.

 

Ne pourrions-nous pas réfléchir à des crédits sociaux ? Proposer une meilleure rémunération de l’épargne populaire et à son utilisation pour les  financements d’intérêts publics, tel le livret A pour le logement social à une époque. Ces propositions impliquent un maillage de proximité du territoire par de vrais bureaux postes avec du personnel qualifié en nombre.

Il est primordial de dégager les salariés de la pression managériale, pour employer le terme en vogue. Une épée de Damoclès pèse particulièrement sur les personnels des guichets et des plates formes d’appels. Des objectifs de ventes, de prises de contacts, souvent irréalisable, mettent le salarié en situation de stress. Les bilans chiffrés devraient s’effacer pour laisser la place à la satisfaction du client dans une relation humaine.

 

La proposition de retour à la franchise postale pour les usagers des services publics serait un signal fort pour garantir les droits de tous par la gratuité des envois sur support papier. La question des rythmes de travail est également liée à la finalité de celui-ci. L’équilibre vie familiale/vie professionnelle est incompatible avec la recherche du profit maximum.

Est-il vraiment indispensable de travailler tard le soir ou le Week-end dans un centre d’appel ?

Est-il nécessaire pour les besoins des populations que les distributeurs passent le samedi ?

Nous devons en parallèle au contenu de nos métiers, appréhender les diminutions du temps de travail pour aller au 32 heures hebdomadaires, de l’amplitude journalière, du nombre de jours travaillés avec le droit au Week-end pour tous et la question des horaires atypiques.

Le développement du numérique pose la question de l’accessibilité pour tous. Les profits faramineux des GAFAM doivent être récupérés pour créer un service public de l’internet. La dématérialisation du bulletin de salaire, comme actuellement à La Poste, est déjà actée chez Orange et s’inscrit dans ce débat.

 

A partir de ces quelques exemples, nous nous devons d’être force de propositions.

Certaines organisations syndicales, se contentent d’accompagner les choix de l’employeur, d’autres de contester. La CGT doit être porteuses d’alternatives au service de l’humain.