Actualité revendicative à la CED le 29 janvier 2019 (Fabien Leseigneur)

C’est Versailles !

Pour le commun des mortels, le petit peuple, cette expression désigne une situation idéale.

Pour le président Macron c’est à prendre au pied de la lettre, il a pour ce château une affection particulière, au point d’y multiplier les réunions et événements.

C’est le lundi 21 janvier, date anniversaire de l’exécution de Louis XVI (faut-il y voir un symbole ?) que notre jupitérien président avait décidé de réunir 150 dirigeants de multinationales, français et étrangers (Microsoft, Mittal, General Electric, Procter & Gamble…) en avant-première du sommet mondial de Davos.

Cette rencontre du gratin du CAC 40 alors que les fins de mois du plus grand nombre sont de plus en plus difficiles, a quelque chose d’obscène.

Leurs impôts ont baissé de 6,4%. Leurs effectifs ont fondu de 20%.

Entre 2010 et 2017 leurs bénéfices cumulés ont augmenté de 9,3%, les dividendes versés aux actionnaires de 44% la moyenne du salaire de leur PDG est de 257 fois le SMIC.

En France 629 000 millionnaires détiennent 1532 milliards d’Euros et ne paient plus l’impôt sur la fortune.

S’il y a une urgence ce n’est pas de gavé les patrons, ça va bien pour eux, merci !

Il faut répondre aux exigences populaires, le mouvement des gilets jaunes, les mobilisations syndicales leurs donnent une résonance particulière.

Initié en novembre contre une taxe supplémentaire sur les carburants le mécontentement de fond à très vite débordé ses initiateurs.

Certes ce rassemblement des rond points est très éclectique,  petits patrons, artisans, soutiens de la CGPME, infiltration marqué de l’extrême droite, mais avant tout participation massive des relégués de la république, salariés et retraités se sentant oubliés des dirigeants du pays . La présence du drapeau tricolore n’est pas l’apanage des Lepen et consort, mais aussi celui qui flotte sur nos mairies, rappelant à tous les valeurs de la République dans des zones ou les services publiques et l’état font défaut.

Si des discours poujadistes, homophobes, racistes ont pu être entendus et peuvent l’être encore, Philippe Martinez faisait remarquer que les revendications portées recoupent à 90% celles de la CGT.

Justice fiscale, rétablissement de l’ISF, baisse de la TVA, augmentation des salaires, des retraites, SMIC à 1800 euros,  pas de retraite en dessous de 1200 euros, échelle des salaires, exigence de plus de démocratie, nous ne pouvons que nous retrouver dans ces exigences qui consciemment ou non portent la marque du discours de la CGT.

Le scandale des magouilles de Carlos Ghosn PDG de Renault, touchant 40 000 euros par jour, fraudant le fisc sur des millions, spoliant avec son équipe et famille les fonds de l’entreprise nous rappelle que de l’argent il y en a, pourvu qu’on le prenne dans les bonnes poches, mais visiblement le gouvernement n’entend pas qui envisage une prime de départ de 15 millions d’euros et le versement d’actions initialement prévu jusqu’en 2020 pour le PDG délinquant.

Oui, plus personne ne peut nier que les moyens d’une autre politique existent.

La situation est complexe et loin de tout manichéisme nous devons affiner notre analyse.

C’est aussi la France des déserts syndicaux qui investit carrefours et centre villes pour des manifs.

Pour autant, soyons vigilant, la présence de groupes paramilitaires d’extrême droite, le discours antisyndical de certains relayé complaisamment par les médias doivent tempérer notre optimisme et nous faire réfléchir aux modalités de nos interventions.

D’un département, d’une ville à l’autre la situation n’est pas la même, d’une franche hostilité à des convergences dans les manifestations nous devons prendre en compte ces réalités.

Depuis le début les journaux télévisés font la part belle aux gilets jaunes, jamais une initiative de la CGT n’a connu une telle présence à la télévision ou dans la presse écrite.

Même si maintenant c’est pour en dénoncer la violence, reprenant les propos de nos dirigeants et des ténors d’une droite décomplexée, méprisante pour la  « populace » et des « émeutiers plein de haine » osant même comme un Ferry exhorter la police à tirer dans le tas.

Développées lors des manifestations contre les lois El Khomri les violences des provocateurs de tous poils, black block, anars, fachos, encadrés par des policiers en civils, n’ont d’autre but que de justifier la répression policière de tous les  mouvements sociaux.

Le scénario est rodé de pseudo manifestants, de noir vêtu, cagoule, capuche et sac à dos lancent des projectiles sur les CRS, gardes mobiles et autres forces de l’ordre qui peuvent ainsi s’en donner à cœur joie, gazant, matraquant, canardant l’ensemble des manifestants et des passants.

Outre l’impact qui se veut dissuasif de descendre dans la rue pour défendre de justes revendications le gouvernement, Castaner ministre de l’intérieur en tête, demande de nouvelles lois liberticides contre toutes expressions de colère populaire.

Pour autant les violences contre les journalistes qu’elles viennent de la police et des manifestants ne sont pas admissibles.

Malgré les tentatives de manipulations, de diabolisation, ce mouvement reste soutenu par 70% de la population.

Dans ce contexte il est judicieux de rappeler que les Le Pen, Wauquiez, Fillon, Juppé à l’unisson s’oppose au rétablissement de l’ISF et soutiennent la proposition de loi anti-manifestation.

La CGT ne peut rester spectatrice, nous devons être plus visible, investir le champ de la contestation et bousculer nos habitudes.

Il nous faut réfléchir à notre communication sur fond sur la forme, avoir une meilleur présence sur les réseaux sociaux et gagner ne visibilité dans la rue.

Nous ne devons pas laisser le terrain aux forces réactionnaires qui veulent récupérer cette colère.

Et pourtant la CGT n’a pas à rougir de son activité, au quotidien loin des caméras elle intervient, mobilise pour les salaires, l’emploi. Dans toutes les entreprises ou ils sont présents les militants de la CGT combattent les injustices avancent les revendications. Mais cela ne fera pas la une du JT de 20h, une voiture qui brûle étant beaucoup plus médiatique.

Notre syndicat FAPT 76 a décidé de déposer des préavis de grève tous les samedis en vue de participer aux manifestations. Notre présence ne doit pas être à la marge mais incontournable.

Certains voudraient nous opposer aux gilets jaunes comme en d’autres temps aux coordinations et autres mouvements sensés remplacer les syndicats.

Nous devons travailler à la réussite de la journée du 5 février.

Si toutes les revendications peuvent y trouver leurs places, la question du partage des richesses par l’augmentation des salaires, des retraites et des minimas sociaux doit tenir le haut du pavé.

La journée de mobilisation des retraités le 31 janvier doit être aussi l’occasion d’avancer ces exigences.