AG des actionnaires : Faisons le choix d’un véritable projet de développement

Le 27 Mai se tiendra la traditionnelle Assemblée Générale des actionnaires d’Orange. Cette assemblée sera marquée par la récente annonce du plan Essentiel 2020 et des choix stratégiques qui en découlent.

« Essentiels 2020 » : un projet de développement ?

Le 19 Mars Stéphane Richard présentait son nouveau plan stratégique. Outre la forme, celle d’une présentation en grande pompe à la manière d’un show qui probablement cherchait à imiter Steve Jobs, c’est sur le fond que portent nos inquiétudes. Nous constatons que ce nouveau plan démarre avant même la fin du précédent, « Conquête 2015 » le mal nommé. Cela évitera sans doute un bilan désagréable ; quid des 300 millions de clients, du milliard d’euro de relais de croissance et du redressement du chiffre d’affaires annoncé… Seule satisfaction de la direction : le plan d’économies Chrysalid, largement dépassé avec ses 3 milliards d’euros économisés en 4 ans contre les 2,5 initialement prévus sur cinq ans.

« Essentiels 2020 » n’a rien d’original : il est centré sur l’expérience client et justifie les réorganisations par la digitalisation. De nouveau, 1 milliard d’euros de relais de croissance sur l’e-banking, la distribution d’objets connectés et le M2M (machine to machine ; les machines qui parlent aux machines) sont annoncés, cette fois pour 2018. Le plan prévoit d’ailleurs le retour à la croissance d’ici 2018, tout comme « Conquête 2015 » annonçait une progression du chiffre d’affaire pour 2014. Si les moyens ne suivent pas, cet objectif restera au stade de la bonne intention.

Deux annonces fortes retiennent notre attention :

1) Les investissements FTTH passent à la vitesse supérieure avec 2,7 milliards de CAPEX* nets prévus d’ici 2018. La CGT encourage évidemment cette politique d’investissement dans les réseaux de demain. Cependant nous rappelons que les 2 milliards nets d’investissements prévus sur la période 2011-2015 par « Conquête 2015 » sont loin d’être réalisés, avec à ce jour une trajectoire à 1,6 milliards d’euros environ. De plus, nous estimons que ces investissements réseaux doivent s’accompagner d’investissements lourds dans les services pour capter la valeur sur les services OTT (over the top), action indispensable pour compenser les baisses de revenus sur nos activités traditionnelles. D’ailleurs, comment allons-nous pouvoir réaliser un milliard d’euros dans les relais de croissance sans véritable plan industriel en la matière ?

2) Le nouveau plan « Chrysalid 2 » annonce 3 milliards d’économies d’ici 2020, dont 1 milliard pour les seuls coûts indirects du périmètre France sur la période 2015-2018. Cet objectif nous semble, pour le moins, annonciateur de grosses difficultés opérationnelles et de tensions dans les services. En effet, pour faire face aux indispensables investissements dans le très haut débit (fibre, 5G etc.), l’entreprise choisit d’arbitrer en faveur du dividende que le Groupe s’engage à maintenir à minima à 60 centimes d’euros jusqu’à 2020 ; ceci au détriment de l’emploi et des salaires. Nous contestons ces choix parce qu’à terme, ils nous condamnent à devenir un « simple fournisseur de tuyaux » ; c’est-à-dire une « commodité ». L’exemple de la R et D est symptomatique, nous sommes passés de 4000 à moins de 1000 chercheurs en à peine 10 ans. Sur les services, nous baissons pavillon face aux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Nous allons tenter de chercher de la croissance sur des activités demandant peu d’investissement (E banking, distribution d’objets connectés …), mais de fait très concurrentielles. Pour maintenir le dividende, l’entreprise fait le choix de la baisse des effectifs (1 remplacement sur 4, à peine, sur Orange maison mère).

A propos de la loi Florange :

Autre sujet qui viendra lors de cette AG, c’est le vote de la déclinaison de la loi « Florange », c’est-à-dire le doublement des voix à l’assemblée générale des actionnaires pour les investisseurs « long terme » (investisseurs ayant des actions depuis au moins 2 ans), en l’occurrence au niveau d’Orange, il s’agit de l’État et les salariés principalement. Nous avons voté favorablement cette mesure au conseil d’administration, car en effet un poids fort de l’état est protecteur face à d’éventuelles menaces d’OPA, mais surtout pèse sur des décisions d’investissement, notamment dans les réseaux. La CGT alerte néanmoins car cette mesure ne doit pas servir de prétexte au désengagement de l’état.

D’autres choix sont possibles :

Face au mur d’investissement auquel doivent faire face les opérateurs, le dividende doit servir de variable d’ajustement et non l’emploi… Nous avons besoin de recrutements pour maintenir la qualité et la maîtrise de nos réseaux. Cette demande n’est pas illusoire quand on sait que depuis quatre ans, Orange verse plus de dividende qu’elle ne réalise de bénéfices … Nous avons également besoin de relancer une vraie politique de R et D dans le cadre d’un vrai projet industriel. Face aux efforts demandés aux salariés dans le cadre des évolutions de l’entreprise (polyvalence, polycompétence, adaptation au numérique), une vraie politique de reconnaissance doit être mise en place, par la promotion et de réels budgets d’augmentations des salaires pour tous. Dans le cadre des nouvelles prérogatives du CCUES et la mise en place de l’ICOS (information consultation sur les orientations stratégiques, qui permet aux représentants du personnel de faire des propositions argumentées au conseil d’administration), la CGT sera porteuse de propositions alternatives autour d’un vrai projet industriel, favorisant l’emploi, la reconnaissance des qualifications et le développement économique.

Pour une politique industrielle favorisant l’emploi et le développement de l’entreprise, rejoignez les rassemblements CGT qui se tiendront le 27 Mai à Paris et les nombreuses initiatives organisées en province.

* Capex : dépenses d’investissement