Facteurs, pas démarcheurs

La Poste entend tirer profit de la bonne image du facteur en la monnayant auprès d’entreprises commerciales, à des fins marchandes. Dès lors c’est l’image et l’éthique du « deuxième personnage préféré de la vie quotidienne », qui se trouve peu à peu perverti par de nouvelles tâches qui n’ont pas pour but de rendre service mais de vendre des produits. C’est l’activité autour de la campagne Temps L – « 1er contrat Services Facteurs d’envergure nationale » – qui vient marquer une étape supplémentaire, mais aussi l’étape de trop pour les collègues.

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Une évolution malsaine

Le facteur aime rendre service ; c’est sur ce constat que nos directeurs entendent jouer un jeu malhonnête. Ce qui était fait naturellement et gracieusement est détourné jusqu’à ce que le métier de facteur soit vidé de son sens.

De services en lien avec l’activité (information / proposition de produits et services courrier) nous sommes passés à des prestations qui n’ont plus aucun lien avec notre métier (relevage de compteurs, installation de la TNT).

De services à la personne (portage de médicaments) nous voici ensuite passés à la livraison de marchandises (courses, pressing,…). Cela même alors que La Poste n’assure plus la distribution du courrier 6 jours sur 7 sur l’ensemble du territoire à cause du manque de personnel et de la sécabilité à tout va.

Mais plus que tout, ce que la CGT et les personnels condamnent, c’est le colportage tous azimuts auquel on entend soumettre les agents de la Distribution !

Il y a une différence entre effectuer des services en relation avec notre métier et exécuter des services heurtant notre serment professionnel, notre conscience professionnelle et le service public.

On peut se demander où cela s’arrêtera tant ce qui pourrait se présenter est à l’opposé du rôle social du facteur que la population apprécie. Et si le ridicule ne tue pas, certains ont même dû penser qu’on pouvait en vivre. Le dispositif « 20 projets pour 2020 » est censé répertorier toutes les tâches qu’un facteur pourrait récupérer en passant par aller faire des doubles de clés jusqu’à aller promener le chien (sic).

Le rejet des collègues ?

Combien de facteurs ont-ils au moins ressenti de la honte d’avoir à importuner « leurs clients » au travers du démarchage imposé par la campagne Temps L ?

Comment affronter les propos de personnes contrariées de voir qu’il y a le temps pour ces activités quand le service du courrier peut être dégradé ?

Ce que l’on pouvait redouter s’est hélas produit : certains collègues ont eu à recevoir, jusque de manière agressive, le mécontentement d’usagers ulcérés de voir leur facteur user des méthodes commerciales intrusives.

La livraison assurée par un concurrent de La Poste !

Cela est d’autant plus choquant qu’en cas de commande passée via le catalogue Temps L, c’est un concurrent de la poste qui livrera les colis… Lorsque l’on met des mois à gagner la confiance des personnes sur la tournée, ces activités marchandes participent à la dégradation des relations. Demain, combien n’oseront plus se confier au facteur et évoquer un souci de santé de peur que celui-ci n’ait plus que la consigne de proposer une assurance santé ? Les facteurs comprennent bien qu’il est question de massacrer leur métier jusqu’à leur faire assurer des missions aux objectifs douteux.

A la limite de la délation

Dans plusieurs départements il est demandé de vérifier si les poubelles sont bien en possession de leurs bons propriétaires. Dans l’ouest de la France, sous couvert de questionnaire de l’EDF auprès d’habitants il est question de récupérer leurs numéros de téléphone sur liste rouge.

Les discussions dans les services font remonter le mécontentement qui s’installe à devoir tromper les gens tout en se trouvant dépourvu de moyens pour pouvoir bien exercer son métier. Pour la CGT ces nouvelles taches aux objectifs douteux doivent être combattues Nous ne laisserons pas détruire notre image, notre métier et la confiance qu’ont en nous les usagers.

Être en capacité d’assurer la qualité de service sur notre cœur de métier

Les usagers comme les collègues constatent que le courrier n’est pas toujours distribué quotidiennement parce que les découverts sont nombreux et le manque de personnel récurrent. Comment dans ces conditions être crédible sur de nouveaux services alors que La Poste n’assure même pas la prestation pour laquelle elle est rémunérée et qu’elle doit aux usagers. De plus, ces activités ne sont jamais retenues pour quantifier la charge de travail : on ressort l’alibi de la « baisse de trafic » pourtant très largement anticipée lors des réorganisations mises en place.

Surtout, si le nombre de plis a diminué, la charge elle s’est accrue de pare changement de nature du courrier (plus de volumineux, nombre d’objets signalés en hausse, catalogues et petits paquets toujours plus nombreux…) et surtout les tournées se sont considérablement rallongées avec les réorganisations successives et les suppressions de tournées (1/3 des tournées ont été supprimées en dix ans !!!). Du coup, les conditions de travail se sont dégradées et les facteurs sont de plus en plus fatigués.

La responsabilité de nos dirigeants est engagée auprès de tous les agents pour qui une question vitale se pose : comment peut-on bien vivre son travail en ayant une représentation de plus en plus dévaluée de son propre métier et de sa propre image ?

La CGT appelle à la mobilisation du 9 au 20 mars pour :

– le service public postal
– la reconnaissance du métier de facteur
– la revalorisation immédiate des salaires
– le 13ème mois pour l’ensemble des postiers